Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 23:35

"On ne voit certes que la surface. Mais l'on est regardé que par la profondeur, lorsqu'elle vient vers nous" écrit Georges Didi-Huberman ( La peinture incarnée, p.28). La peinture est dit-il " l'Un-dans-l'Autre d'une surface et d'une profondeur" ( Ibid). Il y a un échange permanent entre les dessous et le dessous. L'interaction des couleurs leur confère un don d'ubiquité. Chaque touche est dessus, dessous à la fois et en même temps. Chaque particule de peinture déposée sur la toile est là devant nos yeux, même lorsqu'on ne peut la voir tout-à-fait.

sans titre 3 fois 37.5 X 45.5 cm reliés par des charnière

                             sans titre 3 fois 37.5 X 45.5 cm  2008 acrylique sur carton

Les premières traces, progressivement occultées par les multiples touches de couleur accumulées au cours de la recherche, ces première traces que l'on croyait ensevelies à tous jamais, transparaissent à la surface du tableau. Les fonds remontent, refont surface; une surface transparente en quelques sortes.

Pour Georges Didi-Huberman, cela dénote que la couleur n'est pas une " pure qualité de surface"( Ibid). Il s'appuie sur la théorie aristotélicienne de la couleur:

" La couleur au sens aristotélicien existe [...] peut-être un peu en deçà du corps coloré, peut-être un peu au delà de lui, et jusqu'à moi ( l'humeur aqueuse de mon oeil), et au delà de moi. Elle n'est pas déposée à la surface des corps, elle est un jeu labile de la limite, un feuilletage subtil, elle vacille de plan en plan dans l'espace, selon l'air, selon l'eau." ( Ibid, p 29-30).

Toute la théorie aristotélicienne de la couleur repose sur la notion de diaphane. Mais l'acception du mot n'est pas celle qu'on lui assigne couramment. Il ne signifie pas translucide, transparent. Mélange d'air et d'eau, le diaphane fonctionne comme un milieu entre les objets et l'oeil. Mais il est également la condition nécessaire et le véhicule de la visibilité des couleurs. C'est à travers lui que nous les percevons Le  diaphane est en lui-même incolore, invisible et n'est rendu visible que par une couleur empruntée.

Aristote reconnaît l'existence de la couleur dans la limite des corps. Mais la couleur n'est pas pour lui, "la " limite des corps. Elle  n'est la limite que du diaphane qui est en elle. Et comme le remarque Georges Didi-Huberman " C'est la notion même de limite, en tant que suface, qui se met à vaciller." ( Ibid , p.29 ).

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                            sans titre, 2009, acrylique et encre  sur  toile, 10X10X4 cm

Le diaphane , en effet, pénère les corps, les traverse. Il vient en dedans, il vient au dessus et aussi en dessous des corps colorés. La couleur ne peut être "pure qualité de surface". Voilà un élément de réponse pertinent à ma recherche: pourquoi la figure, dans ma peinture advient-elle à mesure des couches qui se superposent, pourquoi emerge-t-elle de façon inopinée, pourquoi nécessite-elle une profondeur, pourquoi échappe-elle à toute tentative de contrôle et de préméditation?Parce que la couleur est une puissance infernale. 

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                                   sans titre, 2009, acrylique et encre  sur  toile, 10X10X4 cm

Par régine thill
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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 22:14

img0191Sans titre, 44X28 cm, 2003, acrylique sur bois

 

Dans Le visible et l'invisible, Merleau-Ponty évoque la relation d'interaction des couleur  entre elles dans une peinture:

"Ce rouge n'est ce qu'il est qu'en se reliant de sa place à d'autres rouges  autour de lui, avec lesquels il fait constellation, ou d'autres couleurs qu'il domine ou qui le dominent , qu'il attire, qu'il repousse ou qui le repoussent.[...] C'est une concrétion de la visibilité, ce n'est pas un atome. [...] Un certain rouge, c'est aussi un fossile ramené du  fond des mondes imaginaires. Si l'on faisait état de toutes ces participations, on s'apercevrait qu'une couleur nue, n'est pas un morceau d'être absolument dur, insécable, offert tout nu à une vision qui ne pourrait être que totale ou nulle..." (Merleau-Ponty, Le visible et l'invisible, p.174-175.)


Les touches s'infectent, se contaminent mutuellement. On peut dire que lorsque nous regardons une partie même infime du tableau, notre oeil est impressionné par l'écho de tout ce qui est à coté et de tout ce qui est en dessous. Il y a, à la surface de la toile, le " phénomène indice" des profondeurs.

 

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Sans titre, 50X32.5 cm, 2003, acrylique  et huile sur carton

 

Il n'y a donc pas que la dernière couche qui compte. Et le vieux peintre Frenhofer l'avais compris:

"...j'ai analysé et soulevé couche par couche les tableaux de Titien, ce roi de la lumière; j'ai, comme ce peintre souverain, ébauché ma figure dans un ton chair avec une pâte souple et nourrie, [...] . Puis je suis revenu sur mon oeuvre, et au moyen de demi-teintes et de glacis dont je  diminuais de plus en plus la transparence, j'ai rendu les ombres les plus vigoureuses et jusqu'aux noirs les plus fouillés;" ( H. De Balzac, Op.cit., p.54.)

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Sans titre, 65X60 cm, 2003, acrylique sur toile


A l'instar d'un spéléoloque, Frenhofer s'attela à fouillé, à explorer le sous-sol des peintures de Titien. Il descendit dans "l'enfer de l'art" avec l'espoir de ramener le secret de ses chairs. Et ce voyage, semble-t-il, lui révéla l'existence d'une activité secrète et souterraine. Frenhofer, considère la peinture comme un travail du couche sur couche. Cependant, elle est pensée comme entrelacs inextricable des dessus et des dessous du tableau. Elle est pensée comme une interaction permanente de ces multiples couches de couleurs.                     

 

img0222 Sans titre, 50X32.5 cm, 2002, acrylique sur carton                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

Par régine thill
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Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 23:40
  

         Lieu de transformation, de transmutation, d'altération, le dépôt ( les couches de peintures accumulées), fruits du recouvrement, va devenir corps. Mais l'alchimie peut s'ébranler au moindre jet de peinture. Actualisation d'une figure en puissance, le recouvrement constitue, en effet, une altération. En d'autres termes, cela signifie que chaque touche de peinture est altération. Chaque sédiment, donc, importe, participe à la conception du tableau. Chaque touche , dès lors, n'a de sens que par rapport à toutes celles qui l'ont précédées et à toutes celles qui peut-être lui succèderont.

  sans titre, 33X23.5 cm, 2002, huike sur toile

Eugène Cheuvreul élabora une théorie de la couleur dans laquelle il explicitait les modifications des couleurs les unes par les autres. Dans De la loi du contraste simultané des couleurs , il postule que les couleurs attenantes ne sont appréhendées que dans leurs relations:

"... qu'apprend la loi du contraste simultané des couleurs ? C'est que dès que l'on voit avec quelque attention deux objets colorés en même temps, chacun d'eux apparaît non de la couleur qui lui est propre, c'est-à-dire tel qu'il paraîtrait s'il était vu isolément, mais d'une teinte résultant de la couleur propre et de la complémentaire de la couleur de l'autre objet. D'un autre coté, si les couleurs des objets ne sont pas au même ton, le ton de la plus claire s'abaissera et le ton de la plus foncée s'élèvera. En définitive, elles paraîtront, par la juxtaposition, différentes de ce qu'elles sont réellement."        ( Eugène Cheuvreul, De la loi du contraste simultané des couleurs et de l'assortiment des objets colorés, cité par Jacqueline Lichtenstein, p 560-561).

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Les couleurs donc, s'altèrent réciproquement. Delacroix déjà avait constaté le principe du mélange optique des couleurs:

"Il est bon que les touches ne soient pas matériellement fondues. Elles se fondent naturellement ç une distances voulue par la loi sympathique qui les a  associées." (Eugène Delacroix cité par Paul Signac dans D'Eugène Delacroix au Néo-impressionnisme, p.17.).

Delacroix avait compris qu'une couleur a toujours une incidence sur sa voisine: elle l'influence et est influencé par elle. Il avait observé qu'en juxtaposant deux couleurs, se constituait une troisième couleur par mélange optique; couleur qui, jamais, n'a figuré sur la palette.

J'en retiens, en tous cas, que la couleur n'est pas localisée, circonscrite: c'est un élément expansible. Elle irradie. Elle sort de son lit, se diffuse, se répand et court, en définitive, dans tout l'espace de la toile. Chaque couleur est donc la somme de toutes celles qui l'environnent. Chaque touche est, en quelques sortes, empreinte de toutes celles qui cohabitent avec elle sur la toile. Dès lors, il devient évident que le devenir de la peinture ne peut être contrôlée dans sa totalité.

sans titre

Par régine thill
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Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 23:32

Il arrive que le corps soit en partie dévoilé, en partie dissimulé.Il arrive aussi qu'il soit enterré, enfoui sous une épaisseur sensible de peinture. Enfin, il arrive que le travail se solde par une déconstruction, une mise en lambeaux, un éclatement du corps. Cependant une présence advient , sourde de la profondeur. Et la manifestation de cette présence révèle que l'opposition dessus/ dessous est loin d'être simple.

Photo 006

Je reviens sur le principe de devenir visible de la figure. Celle-ci semble séjourner en latence dans la peinture. Et pour que cette figure latente devienne patente, il faut recouvrir la toile. Recouvrir donc pour faire apparaître. Pour aborder ce paradoxe, je me réfère à l'entéléchie aristotélicienne. L'entéléchie est "Le principe qui fait passer l'être de la puissance à l'acte c'est-à dire à sa complète réalisation" ( Dictionnaire de philosophie, Nathan, Paris, 1990, p.109.). La figure serait en puissance dans la peinture et son actualisation passerait par le recouvrement, par l'accumulation de touches de couleur; accumulation qui imite le processus géologique de sédimentation: un dépôt se forme lentement, au fur-et-à-mesure des sédiments qui s'agglutinent. Les sédiments nomment ici, les touches de peinture accumulées sur la toile.

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Au sens géologique du terme, un sédiment est un dépôt amené par des agents dynamiques externes comme l'eau, le vent. Dans ma peinture, "l'agent extérieur" responsable de la déposition des sédiments  , c'est moi. Mais je ne suis que cela justement. Après chaque déposition, je suis comme mise à l'écart, contrainte à un état de passivité. Le dépot s'affranchit, me reléguant au rang de spectateur. Quelque chose se fomente qui est indépendant de ma volonté et souvent à rebours de mes désirs. Tout se passe comme si la peinture se générait elle-même. Son devenir m'échappe.

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Par régine thill
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Mardi 18 janvier 2011 2 18 /01 /Jan /2011 22:47

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Par régine thill
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