"On ne voit certes que la surface. Mais l'on est regardé que par la profondeur, lorsqu'elle vient vers nous" écrit Georges Didi-Huberman ( La peinture incarnée, p.28). La peinture est dit-il " l'Un-dans-l'Autre d'une surface et d'une profondeur" ( Ibid). Il y a un échange permanent entre les dessous et le dessous. L'interaction des couleurs leur confère un don d'ubiquité. Chaque touche est dessus, dessous à la fois et en même temps. Chaque particule de peinture déposée sur la toile est là devant nos yeux, même lorsqu'on ne peut la voir tout-à-fait.
sans titre 3 fois 37.5 X 45.5 cm 2008 acrylique sur carton
Les premières traces, progressivement occultées par les multiples touches de couleur accumulées au cours de la recherche, ces première traces que l'on croyait ensevelies à tous jamais, transparaissent à la surface du tableau. Les fonds remontent, refont surface; une surface transparente en quelques sortes.
Pour Georges Didi-Huberman, cela dénote que la couleur n'est pas une " pure qualité de surface"( Ibid). Il s'appuie sur la théorie aristotélicienne de la couleur:
" La couleur au sens aristotélicien existe [...] peut-être un peu en deçà du corps coloré, peut-être un peu au delà de lui, et jusqu'à moi ( l'humeur aqueuse de mon oeil), et au delà de moi. Elle n'est pas déposée à la surface des corps, elle est un jeu labile de la limite, un feuilletage subtil, elle vacille de plan en plan dans l'espace, selon l'air, selon l'eau." ( Ibid, p 29-30).
Toute la théorie aristotélicienne de la couleur repose sur la notion de diaphane. Mais l'acception du mot n'est pas celle qu'on lui assigne couramment. Il ne signifie pas translucide, transparent. Mélange d'air et d'eau, le diaphane fonctionne comme un milieu entre les objets et l'oeil. Mais il est également la condition nécessaire et le véhicule de la visibilité des couleurs. C'est à travers lui que nous les percevons . Le diaphane est en lui-même incolore, invisible et n'est rendu visible que par une couleur empruntée.
Aristote reconnaît l'existence de la couleur dans la limite des corps. Mais la couleur n'est pas pour lui, "la " limite des corps. Elle n'est la limite que du diaphane qui est en elle. Et comme le remarque Georges Didi-Huberman " C'est la notion même de limite, en tant que suface, qui se met à vaciller." ( Ibid , p.29 ).
sans titre, 2009, acrylique et encre sur toile, 10X10X4 cm
Le diaphane , en effet, pénère les corps, les traverse. Il vient en dedans, il vient au dessus et aussi en dessous des corps colorés. La couleur ne peut être "pure qualité de surface". Voilà un élément de réponse pertinent à ma recherche: pourquoi la figure, dans ma peinture advient-elle à mesure des couches qui se superposent, pourquoi emerge-t-elle de façon inopinée, pourquoi nécessite-elle une profondeur, pourquoi échappe-elle à toute tentative de contrôle et de préméditation?Parce que la couleur est une puissance infernale.
sans titre, 2009, acrylique et encre sur toile, 10X10X4 cm

Sans titre, 50X32.5 cm, 2002, acrylique sur carton